La rigueur financière qui caractérise l’Allemagne s’est manifestée dans une décision récente de son conseil constitutionnel. Contrairement à la France où les excès budgétaires sont souvent tolérés, la découverte par les autorités allemandes d’une irrégularité dans la gestion des fonds publics par le gouvernement de Olaf Scholz a eu des répercussions considérables, transformant ce qui aurait été une simple anomalie dans l’Hexagone en une crise outre-Rhin.



Les ajustements budgétaires et la suppression du bonus véhicules électriques



Face à une pandémie qui s’est montrée moins virulente que prévu, le chancelier Scholz a redirigé une portion du budget initialement réservé à la lutte contre le Covid-19 vers des mesures de lutte contre le changement climatique, ceci dans le but de rééquilibrer les comptes nationaux. Néanmoins, cette manœuvre a été qualifiée de malhonnête par le conseil constitutionnel, qui a résulté en l’identification d’un déficit de 60 milliards d’euros à compenser.



Pour résoudre le déficit, de multiples réductions budgétaires ont été mises en œuvre. Un des ajustements drastiques a été l’annulation du bonus écologique pour les véhicules électriques, un dispositif de 10 milliards d’euros depuis 2016. Cette suppression soudaine, effectuée sans préavis le 16 décembre et applicable deux jours plus tard, a eu pour effet immédiat une augmentation de 10 à 15 % du coût des véhicules électriques neufs.



Conséquences pour l’industrie automobile allemande



  • Les constructeurs allemands, dont Volkswagen, Mercedes et BMW, qui ont investi massivement dans l’électrification de leur gamme, font face à un futur incertain.
  • Cet événement coïncide avec une baisse globale des ventes de voitures électriques en Allemagne, avec une réduction de 22,5 % enregistrée en novembre, amenant les acteurs du secteur à suspendre temporairement la production.
  • L’objectif de vendre 5 millions de véhicules électriques d’ici 2030 semble hors de portée.


Une tendance mondiale et des adaptations stratégiques



La dynamique terne du marché électrique n’est pas cantonnée à l’Allemagne. Aux États-Unis, malgré d’importants investissements fédéraux dans les énergies vertes, les voitures électriques rencontrent également un succès commercial limité, poussant des marques comme Ford à rationaliser leur production.



En France, la révision du bonus écologique ne couvrira plus que 41 % du marché, en baisse par rapport aux 80 % antérieurs. Néanmoins, l’Europe semble orienter son soutien financier vers une production plus autonome, en investissant dans les infrastructures industrielles telles que les usines d’assemblage de voitures et les gigafactories de batteries, afin de réduire la dépendance vis-à-vis des importations asiatiques de batteries et semi-conducteurs.



La transition vers la mobilité électrique semble irréversible au vu des sommes colossales déjà engagées. Si les paris en cours s’avèrent risqués, la fenêtre de renégociation prévue pour 2026 offre une opportunité de réajustement stratégique si nécessaire.

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